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Après le stress vient la colère pour les infirmières de l'hôpital Robert Pax de Sarreguemines

Après le stress vient la colère pour les infirmières de l'hôpital Robert Pax de Sarreguemines

Photo : De gauche à droite, Elodie, Audrey, Jerina

Le 2 avril dernier, en pleine vague de COVID-19 nous avions rencontré trois infirmières de l’hôpital Robert Pax de Sarreguemines juste après leur service. Trois mois jour pour jour après ce reportage dans lequel elles exprimaient leurs difficultés, nous les avons à nouveau interrogées.

Depuis 2 semaines, le service dédié au COVID a été fermé à l’hôpital de Sarreguemines. Audrey, Jerina et Elodie ont pu réintégrer le service de médecine gériatrique polyvalente. Si la vie a repris presque comme avant, les 3 jeunes femmes restent marquées par tout ce qu’elles ont vu et fait au plus fort de la crise.

Tous les décès qu'on a eus, toutes ces personnes qu'on a descendues, toutes ces personnes où on ne savait même rien de leur personnalité, de qui elles étaient. Les étiquettes "ne pas réanimer" sur les dossiers parce qu'il fallait faire des choix médicaux. Et puis, notre nuit où on avait eu en 2h trois décès. C'est vrai que c'est des choses vraiment très marquantes. Toutes ces familles qu'on appelait "Monsieur untel, madame untel est décédé. Non vous ne pouvez pas venir les voir", ils allaient au -1 et puis voilà. Je crois qu'on ne se rend compte que maintenant de tout ce qu'on a fait.   

La crise aura laissé des séquelles aux 3 infirmières qui se sentent encore aujourd’hui fatiguées physiquement et mentalement. Elles ne se sentiraient pas prêtes à affronter une deuxième vague.

Psychologiquement et physiquement non on ne tiendra pas. C'est certain on ne tiendra pas. 

Mais après la fatigue, vient la colère. Pour Jerina, la crise du COVID n’a fait que mettre en lumière tout ce qui n’allait pas à l’hôpital.

Il y a vraiment un ras-le-bol qui était déjà présent bien avant le COVID et là ça a été le coup de grâce. Le problème c'est que c'est un métier qui se déshumanise de plus en plus chaque jour, alors que la base de ce métier c'est quand même l'humain.  

Après avoir affronté le coronavirus, les 3 collègues et amies sont déterminées à continuer à se battre : cette fois pour obtenir de meilleures conditions de travail.

''On nous demande toujours d'en faire plus avec toujours moins"

Même si aujourd’hui elles ne sont plus dans le stress du service COVID, la situation n’est pas forcément plus simple pour elles dans leur service. Les conditions de travail y sont très difficiles.

On se dit qu'on ne fait pas notre travail comme on aimerait le faire. Les soins sont pas fait comme on aimerait les faire. On passe pas de temps auprès de nos patients et c'est vrai que ça, ça nous prend aussi aux tripes. Parce qu'on essaie de faire notre métier avec notre cœur et avec les moyens qu'on a. Le problème c'est qu'on nous demande toujours d'en faire plus avec moins.  

Elodie, ne pense pas pouvoir continuer longtemps comme ça.

Là on ne pourra pas pendant des mois et des mois tenir comme ça. Je pense à la fatigue de tous les mois de COVID où on s'est données, on a été présentes et tout, et là on n'est plus reconnues du tout. La direction a décidé "vous êtes deux pour 15 patients et basta vous vous démerdez". Et ça, ça ira pas longtemps comme ça. L'équipe ne va plus tenir physiquement et psychologiquement. 

C’est pleine de colère qu’Audrey demande plus de reconnaissance pour son métier.

On est beaucoup dans le cliché des soignants qui sont à la pause-café, à faire des injections et à draguer les médecins, on en est bien loin ! On a des vraies connaissances, en théorie, pratique. On est responsable des aides-soignantes, des ASH et on collabore avec tous les autres professionnels de santé. Et on ne parle même pas de nos responsabilités après 3 ans d'études pour notre petit salaire...  

Sur les trois infirmières que nous avons rencontrées, deux envisagent de changer de métier si les conditions de travail ne s’amélioraient pas.

Margot Benabbas

| jeudi 2 juillet 2020 à 08:54 - Mise à jour à 08:56

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