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Robert Wurtz :
''Quand les joueurs changent, il reste encore les clubs''

Robert Wurtz :
''Quand les joueurs changent, il reste encore les clubs''

Depuis la commune de Climbach où il vit aujourd’hui avec son épouse, l’ancien arbitre international est revenu avec nous sur des souvenirs bien intacts.

Son N°1 - Robert Wurtz : ''Quand les joueurs changent, il reste encore les clubs''

Mais avant madame je vais vous montrer quelque chose que j’ai exprès cherché pour vous

A peine arrivés chez lui, Robert Wurtz pense déjà à nous montrer quelques souvenirs Sarregueminois :

J’ai un peu fouillé mes souvenirs et je savais que j’avais arbitré un jour un match de Coupe de France, le 24 novembre 68. Mais c’est Sundhoffen, Sarreguemines. C’était donc l’équipe de Sarreguemines, bon elle avait perdu 2-1.

Et par contre, plus tard, en 1972, à Sarreguemines, au stade la Blies. C’était un match amical entre L’Eintracht Frankfurt contre Metz. Que Frankfurt avait gagné 2-1.

Dans ses carnets de bords, Robert Wurtz collectionne ses souvenirs les plus anciens d'arbitre

Des résultats écrits soigneusement sur de nombreux cahiers de bords. Il a en a sorti certains sur la table de la salle à manger de sa maison de Climbach où il vit depuis plusieurs années maintenant :

Lorsqu’il fait beau, je sors dans la verdure, je coupe les thuyas, je fauche les mauvaises herbes, je fais un peu de jardinage. Et quand il ne fait pas beau, eh bien dans la maison j’ai assez de souvenirs à classer, à ranger à retrouver. Quand on est en activité, on pense moins à se retourner sur son passé.

Petit navire qui n'avait jamais navigué ...

Et des souvenirs, l’homme de bientôt 80 ans, au plus de 450 matches de première division, de Coupe du monde et de Coupes d'Europe (et aux célèbres interventions dans le jeu télévisé Intervilles) en a encore plein la tête. Son meilleur est sans doute l’une de ses premières rencontres de Coupe de France :

Le 8 février 1970, 32e de finale de Coupe de France. C’était Marseille, le grand Marseille de Skoblar contre Nîmes Olympiques.

Cette année-là, à 29 ans, Robert Wurtz fait encore figure de novice dans le haut niveau :

D’ailleurs Roland Messmer, journaliste au Figaro,  avait écrit avant le match : "Petit navire qui n’avait jamais navigué, comment est-il possible que l’on puisse confier le match le plus important de la journée à un jeune arbitre fédéral ?"

Sous la photo : "l'arbitre strasbourgeois Robert Wurtz vient d'être nommé récemment arbitre préfédéral. La relève est assurée..."

Dans une rencontre très serrée, qui se jouera d’ailleurs en prolongations, Robert Wurtz siffle un penalty qui permettra à Nîmes de l’emporter 1-0 à la 102e minute (Scherer)

Grâce à ça j’ai été connu. Parce que le pénalty avait été revu par l’ORTF de l’époque. On voyait bien qu’il y avait fauchage. C’est ce match-là qui a permis une montée plus rapide.

"La glissade devant Guy Roux ? Je pouvais me friser les moustaches que je n'avais pas" 

Connu pour son énergie débordante sur le terrain, Robert Wurtz cultive une attitude expressive et acquise lorsque ce dernier gagne de l’âge :

Comme les choses allaient de plus en plus vite et que j’allais lentement sur mes 40,42, 45 ans, il fallait trouver parfois d’autres attitudes, d’autres expressions pour faire oublier parfois que j’étais pour une fois à 20 mètres de l’action et plus à cinq comme avant.

En 1989, lors d’une rencontre opposant le PSG à Auxerre, le "Nijinski du sifflet", en référence à un danseur russe, se retrouve confronté au légendaire technicien Guy Roux, agité devant son banc. La suite donnera l’une des anecdotes les plus mythiques sur Wurtz.

Je me suis laissé glisser à genoux, mais comme ça, une intuition du moment. Et en arrivant devant Guy Roux, pas seulement pour siffler mais avec ce geste (il joint les deux mains), je l’ai prié en étant à genoux de maintenant, arrêter d’être debout. Et alors dans un premier temps, on le voit sur certaines images, il va vers son banc, mais alors comme il n’est pas né de la dernière pluie, et surtout pas celle de ce soir-là, il a eu la fantastique idée de se retourner et de venir lui aussi se mettre à genoux. Le résultat a été que le public a rigolé, puis il a applaudi et le restant du match, je pouvais me friser des moustaches que je n’avais pas.

OL-Nantes, Lacombe, Ray Charles, "Tout s'était effondré ce jour-là"

Un moment presque théâtral, et sans doute impossible à revoir sur les terrains de football aujourd’hui. S’il n’est pas opposé à l’évolution technologique, "Je trouve que c'est bien pour vérifier quand le ballon franchit la ligne de but", Wurtz ne cache pas une certaine amertume face à l’arbitrage moderne :

Je suis content d’avoir vécu mon époque où on pouvait parler avec les joueurs tout en se respectant. De notre temps, l’arbitre pouvait montrer une certaine personnalité. Ensuite il y a je crois, certaines instances dirigeantes qui ont voulu que l’arbitre soit un robot qui ne se trompe jamais. Tout est au millimètre près, il y a la VAR en plus, mais où est l’Homme là-dedans ? Ce qui m’avait plu dans ma carrière d’arbitre, c’est parce que j’ai beaucoup appris sur le plan humain. Et j’ai aussi dit parfois à des joueurs « excusez-moi je me suis trompée », et le joueur acceptait. Mais je me demande si aujourd’hui ils osent encore dire cela qu’est-ce-que ça ne ferait pas …

Car le Strasbourgeois de naissance a aussi dû faire avec les mauvais matches.

En 1973, il arbitre sa première finale de Coupe de France : OL-Nantes.

Bernard Lacombe au milieu du terrain redresse le ballon de la main, je ne le vois pas et ça donne le deuxième but lyonnais.

Ce soir-là, Lyon l'emporte sur le score de 2-1, le Nantais Didier Couécou (qui avait réduit le score... de la main !) lance alors  : "C'est Ray Charles qui arbitrait ce soir".

Léon Zitrone avait encore dit la veille, Au Parc des Princes, c’est le prince des arbitres qui va arbitrer. A cause de ça je me suis cassé la figure. Je pensais que tout s’était effondré car ce jour-là, il y a eu but, on n’a pas vu la main etc. Et donc j’en ai souffert moralement car j’arbitrais toujours mais je n’y croyais plus tellement.

Pendant quelques mois, il décide alors de se concentrer sur une autre passion : le vélo.

Et grâce à ça finalement avec une équipe de randonneurs strasbourgeois, je suis allée faire la randonnée des Alpes en vélo.

245 kilomètres et du temps qui permettra à Wurtz de regagner petit à petit sa confiance. Deux ans après, il rencontre le président Lyonnais Jean-Michel Aulas, lors d’un match de charité :

Je lui ai dit « vous voyez Lacombe, c’est lui avec sa main, il m’a fait une souffrance terrible mais on est devenus les meilleurs amis car grâce à lui un jour j’ai fait le col du Galibier en vélo.

Un souvenir douloureux mais aujourd’hui finalement presque nécessaire.

   

Aujourd’hui éloigné du tourbillon du football moderne, Robert Wurtz continue de suivre son sport. Avec un peu moins d’attention, mais toujours avec affection :

Je sais que les joueurs changent beaucoup, c’est le monde moderne, ce n’était plus mon monde, ça ne fait rien. Ce que je suis encore c’est le devenir des clubs. Car finalement, quand les entraîneurs et les joueurs changent, il y a encore des Manchester, des Saint-Etienne, des Lyon, des Marseille chez nous. Des Bayern Munich en Allemagne Donc on veut quand même savoir ce que deviennent les clubs même si là-dedans tournent d’autres noms. Mais ça c’est la vie, on ne peut pas faire autrement.

D’ailleurs, ce dernier a même un petit avis quant au futur Euro et les chances de l’Equipe de France :

Au niveau de la classe des joueurs nous avons ce qui fait je crois de mieux. Ça a marché lors de la dernière Coupe du monde, je ne vois pas pourquoi là ça ne marcherait pas. Je l’espère, je le pense.

Et c'est assurément depuis sa très chère Alsace que Robert Wurtz suivra cette aventure européenne.

Quand il pleut en Alsace, Robert Wurtz continue de rechercher ses souvenirs

Laurie Veyrier

| lundi 31 mai 2021 à 06:05 - Mise à jour à 07:20

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