Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine - Radio Mélodie

Santé

Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais
souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine


par Camille Bazin
jeudi 7 octobre 2021 à 04:56

Ce jeudi 7 octobre, une nouvelle grève des sage-femmes est prévue. Elles dénoncent leurs mauvaises conditions de travail (petits salaires, baisse d’effectif). Des réductions de moyens que payent aujourd’hui les mères. C’est le cas de Claire de Hombourg-Haut. Cette jeune maman a accouché début septembre et nous raconte ses deux jours à la maternité.

Après avoir ressenti des douleurs au ventre, Claire décide de se rendre à l’hôpital. Ça y est, après 9 mois d’attente, le jour de l’accouchement est arrivé. Protocole oblige, à son arrivée, on lui fait un test PCR et contre toute attente il se révèle positif.

Son N°1 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

C’est là qu’on m’a dit que pendant tout le séjour maternité mon conjoint ne pourra pas être avec moi. Là, je me suis rendue compte que j’allais être toute seule.

Et Claire ne pensait pas si bien dire. Elle va vite se rendre compte que même avoir de l’aide du personnel médical de l’hôpital va s’avérer compliqué.

Son N°2 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Par exemple, rien que pour le premier change, j’ai appelé les sage-femmes car moi je n’ai jamais changé de bébé donc je ne savais pas comment faire. J’ai appelé et là on mon disait qu’on allait venir. Je ne sais quand mais qu’on ne pouvait pas venir tout de suite. J’ai attendu une heure mais au bout d’un moment quand votre fils il est dans ses besoins pendant une heure il faut quand même que je le change. Je l’ai changé comme je pensais mais on ne m’a pas expliqué.

Malgré ses multiples coups de fil pour avoir de l’aide, la journée qui suit l’accouchement Claire n’a eu qu’une seule visite du personnel de l’hôpital.

« On m’a dit qu’on ne pouvait pas passer parce que c’était compliqué »

Son N°3 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Ils me disaient « on ne peut pas passer maintenant, vous savez c’est compliqué ». On m’a dit que c’est compliqué parce qu’il faut s’habiller, se désinfecter, donc je comprends un peu qu’on ne va pas venir chez moi quand j’en ai besoin parce que c’est embêtant et ça, ça fait mal au cœur. Dans le même temps, mon fils ne pouvait pas aller en pouponnière donc je me débrouille toute seule, je n’ai pas l’aide de mon conjoint, je ne peux pas me reposer parce que je ne peux pas donner mon fils aux puéricultrices. Émotionnellement parlant et psychologiquement parlant c’est vraiment très dur.

Pour éviter à avoir à se changer, le personnel de l’hôpital appelle Claire au téléphone ou lui parle à travers la porte.

Son N°4 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

On me demandait de venir à la porte pour prendre mon plateau repas ou donner des informations. Des fois j’allaitais mon fils et on me demandait de ramener mon plateau repas à la porte, comment je fais ?

La jeune maman se retrouve alors à improviser pour allaiter par exemple et quand ses questions restent sans réponse elle se tourne alors … vers son téléphone.

Son N°5 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Il y a une nuit qu’on appelle "la nuit de la java", c’est la première ou la deuxième nuit de l’enfant et il pleure beaucoup. J’appelais les puéricultrices en disant « écoutez mon enfant fait la nuit de la java est ce que quelqu’un peut venir le voir ? ». On me répond que c’est compliqué, qu’on va venir, j’ai attendu une heure, encore une fois vous êtes toute seule si encore j’avais mon conjoint qui était là pour me soutenir on aurait trouvé quelque chose et ça serait passé mais là j’étais toute seule, je ne savais pas quoi faire. Au bout d’une heure et demi je rappelle, toujours personne qui vient au final j’ai regardé sur google. Je ne suis pas allée en maternité pour me renseigner moi-même sur internet pour savoir comment je fais avec mon fils. On est venu me voir au milieu de la nuit. Mon premier appel s’est fait à 22h on est venu me voir à 2h45, il y a quand même un problème quelque part.

« Je ne jette pas la pierre à ces femmes »

Malgré ces deux jours très compliqués, Claire n’en veut pas aux personnes présentes ce jour-là mais pointe du doigt le système.

Son N°6 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Je comprends que c’est compliqué de travailler en milieu hospitalier, qu’il manque du personnel et je ne veux vraiment pas jeter la pierre à ces femmes et ces hommes qui travaillent dans les maternités mais je pense que ça va au-delà, qu’il y a un problème au niveau des protocoles. Même elles, je pense que ça leur fait mal au cœur de voir des jeunes mamans démunies comme ça. Je garde vraiment un très mauvais souvenir. J’essaye de passer à autre chose mais ça m’a vraiment marqué.

Un témoignage qui souligne le manque de moyens

Selon Marie Bauer, présidente de l’URPS (Union Régionale des Professionnels de Santé) des sage-femmes, cet exemple met en lumière un problème de fond dans les hôpitaux.

Son N°7 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Ce témoignage est vraiment très difficile à entendre, très difficile à vivre pour cette maman on ne peut pas le remettre en cause et certainement très difficile à entendre pour l’équipe qui l’a prise en charge parce que là on est vraiment dans un manque de moyens. Ce qui est terrible c’est qu’on met bien le doigt sur le fait qu’elle n’a pas pu être accompagnée. Les soins de base ont été assurés mais la partie accompagnement n’a pas pu être mise en place. D’une part, parce que ce n’est pas valorisé à l’hôpital. Comme tout est basé sur des actes, le temps qu’on passe dans une chambre, l’accompagnement, n’est pas quotable et ça c’est pour toutes les professions pareil à l’hôpital. Ce qui veut dire qu’elle été juste prise en charge au niveau des soins techniques dans cette maternité et que malheureusement l’équipe n’a pas pu assurer des soins qualitatifs d’accompagnement certainement parce qu’elles étaient en manque de moyens.

Le manque de moyens, c’est ce que pointent du doigt les sage-femmes. Aujourd’hui le métier ne séduit plus et il n’y a plus assez de personnel dans les maternités.

Son N°8 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Ce que les sage-femmes dénoncent actuellement c’est vraiment le fait qu’on n’a plus le temps de prendre en charge les patientes. On essaye d’assurer la sécurité des soins au détriment de la qualité parce qu’on n’est pas suffisamment nombreuses en maternité pour prendre en charge les femmes. C’est de pire en pire puisque la profession n’attire plus de nouvelles recrues. Les étudiants abandonnent les études ou changent d’orientation parce que le statut des sage-femmes n’est absolument pas adapté à l’heure actuelle et donc les rémunérations ne sont pas adaptées au statut. Ce n’est plus une profession qui attire et c’est un gros souci puisque le fonctionnement des maternités repose sur les sage-femmes.

Une pénurie de sage-femmes qui touche toute la Moselle.

Son N°9 - Covid 19 : ''Je garde vraiment un très mauvais souvenir'', une jeune maman raconte son séjour à la maternité, en quarantaine

Ça touche toute la Moselle. C’est la première fois que je vois passer des demandes de recrutement urgent dans des maternités comme celle de Mercy et Claude Bernard à Metz mais aussi celle de Forbach par exemple.

En plus d’une revalorisation salariale, les sage-femmes demandent une cohérence entre leur statut médical et leur statut de la fonction publique ainsi qu’une réforme des études pour passer de 5 à 6 ans.


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