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Chronique végétale : Plier sans rompre

Chronique végétale : Plier sans rompre

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Partie °1 - Chronique végétale : Plier sans rompre


Plier sans rompre

On s’est laissé bercer la semaine dernière par la Sarre et ses rives abritant une riche biodiversité. Milieu tumultueux, en perpétuelle modification, la chronique aujourd’hui va traiter d’un de ses arbres emblématiques, le saule.

Le saule et l’eau, une histoire d’amour

Les plus communs au bord de la Sarre sont le saule marsault (Salix caprea) et le saule blanc (Salix alba). Les ancêtres des saules poussaient déjà il y a des millions d’années au bord des rivières. Entre la rivière et le saule, c’est déjà une très longue histoire d’amour.

Les saules sont, avec les peupliers, les arbres dominants des ripisylves, c’est-à-dire des forêts bordant les rivières et ce n’est pas un hasard si le saule est adapté à ces milieux turbulents. Ces arbres sont parmi les premiers à fleurir au printemps, les fleurs se présentant sous forme de chaton, comme les noisetiers. Les très nombreux fruits ensuite sont dispersés comme une pluie de neige par le vent et l’eau et ont la particularité de germer immédiatement, sans capacité de dormance. Cette particularité leur permet de coloniser immédiatement toute surface de sédiment. C’est un arbre de croissance très rapide, avec un bois très souple, ce qui lui permet d’être flexible à la violence de l’eau sans pour autant se rompre.

Le saule et l’homme

Tout d’abord la vannerie avec l’osier, qui sont de jeunes pousses de saules taillées en hiver, pour confectionner des paniers par exemple. Un panier rond de trente centimètres de diamètre par exemple nécessite plus d'une centaine de brins de différentes longueurs. Les saules, appelés aussi osiers, étaient cultivés dans des oseraies à cet effet.

Évoquons aussi les saules à trognes. La trogne, appelée aussi arbre têtard, témoigne d’un mode d’exploitation ancestral, remontant au Moyen Âge sinon avant, consistant en des tailles périodiques spécifiques, afin de fournir principalement du bois et du fourrage. À cette époque les paysans n’étaient pas propriétaires des sols qu’ils cultivaient et donc ne pouvaient abattre les arbres. Pour se procurer du bois, ils taillaient donc ces arbres en permanence pour exploiter les branches issues de la repousse. Les trognes ont été pendant des siècles une composante familière des haies présentes en paysage bocager. Si le trognage a presque disparu du fait de son inadaptation aux techniques agricoles actuelles, il constitue aujourd’hui un élément de patrimoine naturel paysager et culturel à préserver, perpétuant le savoir-faire de générations de paysans et servant maintenant de refuge a une incroyable biodiversité, des oiseaux et des insectes. Taillés de façon répétitive, la repousse des branches a donné naissance à des troncs boursouflés, évoquant des créatures fantastiques, témoins silencieux du temps qui passe.

Le saule et l’histoire

Les feuilles et l'écorce de saule sont connues depuis l'Antiquité pour ses vertus curatives. Les Sumériens utilisent les feuilles de saule en décoction comme antidouleur. En 1829, un pharmacien français, Pierre-Joseph Leroux, après avoir fait bouillir de la poudre d'écorce de saule blanc dans de l'eau, obtient des cristaux solubles qu’il baptise salicyline (du latin Salix). En 1853, un chimiste alsacien nommé Charles Frédéric Gerhardt réussit, à partir de la salicyline, à synthétiser l'acide acétylsalicylique qui est commercialisé en 1899 sous le nom d'aspirine.

Alors qu’en Orient le saule est associé à l’immortalité, il est plutôt associé à la mort, à de sombres présages. D’ailleurs chez nos voisins allemands, des sorcières habiteraient dans la cime des saules. Dans un conte de Grimm, on faisait des flûtes en bois de saule pour chasser le diable. Symbole féminin, lunaire, aquatique chez les celtes, la légende veut que c’est avec un brin d’osier que les sorcières nouaient les ramilles de Bouleau de leur balai au manche de frêne.

En conclusion

Il y aurait tant encore à dire sur cet arbre emblématique de la vallée de la Sarre et témoin du labeur des hommes. Puisant sa symbolique dans les mythes fondateurs de notre identité, il constitue un patrimoine naturel et intemporel à respecter et à protéger.

Chronique réalisée par Gilles, éthnobotaniste et mycologue. 

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