Merzig : Tatjana Schneider vit parmi les loups et les observe depuis plus de 30 ans
A Merzig, en Sarre, Tatjana Schneider vit parmi les loups. Le parc à loups de Merzig aura 50 ans l’année prochaine. Un lieu ouvert au public gratuitement où vivent plusieurs meutes de loups. Parmi eux, il y a d’abord eu Werner Freund. Aujourd’hui Tatjana, passionnée de 58 ans a pris le relai, accompagnée de son joker Michael.
Son N°1 - Tatjana Schneider vit parmi les loups et les observe depuis plus de 30 ans
Il a construit ce lieu avec sa femme. Ce qu’il voulait, c’était découvrir comment est vraiment le loup et si les contes de fée et les légendes étaient vraies. La seule façon de faire ça, était de vivre avec eux dans leur territoire. Plus vous êtes proches des loups, plus vous pouvez voir comment ils agissent et réagissent, la chasse, qui est le leader, comment ils travaillent et vivent ensemble.
Pendant des années, Werner Freund a observé les loups en vivant parmi eux. A son décès en 2014, Tatjana a poursuivi ses travaux. Elle et Michael Schönberger sont les seuls à être acceptés par les loups.
Parce qu’on les connait depuis qu’ils sont petits. Mais la seule chose qu’on fait c’est les nourrir et prendre soin d’eux quand ils sont petits. Plus tard, on les laisse seuls, pour qu’ils se développent. On les laisse être complètement eux-mêmes. -Tatjana
Pour la famille, nous sommes une aide. Les loups nous font confiance, et ils nous permettent de rester parce que la famille sait qu’avec nous ils ont plus de chance de survivre. Mais nous n’avons pas d’influence dans la famille elle-même. -Michael

De véritables membres de la famille
Cette proximité avec les loups s’observe dès que Tatjana et Michael s’approchent des enclos.
Ici, c’est la zone nord. Et dans ce territoire il y a deux loups arctiques.

Plus loin, vit une famille de 11 loups arctiques : les parents et 9 petits de 1 et 2 ans. Quand Tatjana et Michael entrent dans leur territoire, ils sont accueillis chaleureusement. Respect et confiance sont les clés de cette complicité.
On respecte les loups donc les loups nous respectent. La deuxième chose c’est la confiance. On leur fait confiance, on donnerait notre vie pour eux et ils donneraient leur vie pour nous. Nous sommes une famille. Parce qu’on respecte la famille de loups, ils nous laissent être membres de cette famille. Les parents nous donnent donc leurs enfants quand ils naissent pour les protéger et les surveiller. La confiance est tellement grande que les parents nous donnent leurs petits. -Michael
Quand l’un de nous est à l’intérieur, il est déjà arrivé que la mère se dise : « Oh super tu es là, prends soin du petit pendant que je vais me baigner, chasser ou encore dormir ». Et là, elle part et tu te retrouves assis là à te dire : « ok. Je vais devoir le surveiller ». -Tatjana
Dans les familles, il y a un leader mâle et une leader femelle, la plupart du temps le père et la mère. Ils décident pour la famille et Tatjana et Michael ne prennent aucune décision pour eux. Ils ne sont là que pour les soutenir, et les loups le savent.


Ici, Tatjana vit avec les loups 24h/24 et 7J/7. Pour elle, pas de vacances, pas de Noël, pas de Pâques. Celle qui a grandi aux Pays-Bas est toujours au parc à loups. Michael, lui, est là en joker, pour les week-ends et les moments importants.
Observer les loups pour les comprendre
En plus de s’occuper des petits et d’apporter de la nourriture, les deux passionnés passent surtout leur temps à observer les familles.
Ils ont leurs propres règles dans le territoire et tout ce qu’on fait c’est observer, lire leur langage corporel, leurs mimiques. On va à l’intérieur on s’assoit et on observe comment ils jouent ensemble, comment la famille fonctionne. -Tatjana
Parfois on s’assoit pendant 6 ou 8h dans l’enclos, au cœur de la famille et il ne se passe rien pendant ce temps. De nombreux jours, on ne fait que s’assoir, les observer pendant qu’ils dorment et à certains moments, quelque chose se passe pendant que nous sommes dans le groupe. On ne les dérange pas puisqu’on était juste là. C’est ça notre travail principal : nous voulons observer la vie familiale normale sans gêner personne. -Michael
A force d’observer, la quinquagénaire peut même communiquer avec eux. Elle crie et ils lui répondent.

C'est loin d'être la seule chose apprise en étant parmi eux depuis des années.
Ils sont, dans leur situation familiale, pareil que les humains. Il n’y a presque pas de différence. Ils agissent de la même façon, ils sont très sociables dans leur famille, ils vont se soutenir mutuellement, ils vont prendre soin les uns des autres. Quand une autre famille, que le groupe ne connait pas essaye de prendre un territoire, ils vont se battre.
15 loups vivent actuellement à Merzig dans 12 hectares de nature (2 ont malheureusement perdu la vie ces dernières semaines). Le parc est ouvert tous les jours de 9h à 17h. L’entrée est gratuite, parce que l’idée est que les visiteurs puissent observer les loups, leur façon de vivre.
Attention, pendant l’été, quand il fait chaud, les animaux ne sont pas très actifs. Tatjana conseille de venir à l’automne ou en hiver. Les loups sont notamment impressionnants avec leur pelage d’hiver. Tous les premiers dimanches du mois à 16h, il est possible d’assister au nourrissage des animaux par Tatjana et Michael (en allemand). Ils expliquent alors leur travail ici et parlent des loups. C’est la seule « attraction » proposée. Sinon, le reste du temps, si vous les croisez, n’hésitez pas à leur poser des questions sur les animaux. Vous risquez aussi de les apercevoir dans les enclos. Des panneaux explicatifs sont proposés dans le parc en allemand, anglais et français.

Un parc pour changer de regard sur le loup
Au moment où Werner Freund a créé le parc, le loup avait mauvaise réputation. Il a décidé de construire cet espace en 1977 pour les observer et les comprendre. Au fil des années, des loups européens, loups indiens, loups arctiques, loup noir du Canada (Timber wolf) y ont vécu. De 3.5 hectares, le site s'est étendu pour arriver à 12 hectares aujourd'hui avec un territoire pour chaque famille. Certains territoires sont vides, ils sont disponibles au cas où certains loups voudraient voler de leurs propres ailes en dehors de leur famille. Ça peut aussi être utile en cas de conflit entre des animaux d’un même groupe.
Ici, les loups ont de grands espaces et peuvent facilement se cacher s’ils ne veulent pas voir les visiteurs. Ils peuvent chasser de petits animaux dans leurs territoires (rats, souris, renards, lapins…). Les animaux ne sont pas stérilisés ou castrés. L’idée est de ne pas changer leur nature, leur personnalité, leur comportement.
C'est dans ces conditions que Tatjana poursuit l’héritage du fondateur du parc. A l’heure où l’Allemagne durcit sa politique envers le loup, le message renvoyé ici est qu'il faut mieux le comprendre. Nous avons beaucoup à apprendre de lui.


