De Venise à l’Auvergne, le roi de la Sarre

Dans mon jardin

De Venise à l’Auvergne, le roi de la Sarre

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Épisode du mercredi 14 septembre 2022 à 12:30

De Venise à l’Auvergne, le roi de la Sarre

 

Continuons à nous promener le long des berges de la Sarre, à travers ripisylves et prairies alluviales, pour partir à la rencontre des habitants de ces milieux. Aujourd’hui c’est le roi de ces milieux qu’on va rencontrer. C’est l’arbre dominant de ces milieux humides. Appelé aussi vergne, il a donné son nom à l’Auvergne, le pays du vergne. Goethe en a fait un poème, c’est l’aulne, et plus particulièrement l’aulne glutineux (Alnus glutinosa). C’est l’arbre le plus représenté, avec le saule, sur les bords de Sarre.

 

Un peu de botanique

 

C’est un arbre qui peut atteindre 30 mètres, avec des feuilles ovales et dentées, des fleurs mâles en chatons, comme le noisetier, et des fleurs femelles en forme de petits cônes, les strobiles. Il peut vivre 150 ans.

 

C’est vraiment un pionnier dans ces milieux humides et avoir les racines dans l’eau ne le dérange pas. Pour cela, il a deux secrets. Le premier est d’avoir des racines avec des boules hébergeant des bactéries qui captent l’azote de l’air. Cela lui permet de vivre dans des milieux peu riches, plutôt ingrats, là où d’autres ne peuvent pas s’implanter. Cette particularité lui confère une propriété d’enrichissement du sol. Ainsi il stabilise les berges, il fertilise le terrain pour les arbres suivants, comme le frêne plus exigeant.

Le deuxième secret, c’est quand son bois prend l’eau, il devient dur et imputrescible. Cette remarquable particularité fait que son bois a été utilisé pour faire des constructions sur pilotis. Par exemple, la ville de Venise est entièrement construite sur des pilotis en bois d’aulne. C’est donc un arbre parfaitement adapté aux milieux humides.

 

Le sang de la Sarre

Une autre caractéristique remarquable est que, si on le coupe, le bois, d’abord blanchâtre, devient rouge sang. Cette particularité, qui a intrigué nos ancêtres, lui a fait attribuer un caractère funéraire, voire démoniaque, comme chez les grecs et les romains (paradoxal alors qu’on a vu que c’est un arbre qui fertilise la terre). Et parce qu’il poussait dans les marais peuplés de mauvais esprits, le couper sans un rituel approprié exposait à de grands malheurs. En Allemagne, la légende dit qu’il pleure quand on l’abat.

L’aulne, c’est aussi un petit oiseau qui le fréquente en hiver, le tarin des aulnes (Spinus spinus), de couleur jaune et vert. Discret, dans la mythologie germanique, une vieille légende disait que ces oiseaux cachaient une pierre magique dans leur nid ce qui les rendait invisibles. C’est aussi un magnifique petit coléoptère de couleur bleu métallique, le galéruque de l’aulne (Agelastica alni), qui se nourrit de ses feuilles.

 

En conclusion

Ainsi, le roi de la Sarre, l’aulne, est un arbre ambivalent. Pionnier d’un milieu difficile, il prépare le sol pour l’implantation de nouvelles plantes. C’est comme un messager du vivant qu’il faut le considérer, et pas comme un symbole funeste. Arbre majoritaire de nos berges, on ne lui prête paradoxalement guère d’attention comme à d’autres arbres. Avec le saule, il est un des arbres emblématique qui accompagne la Sarre.

 

Chronique réalisée par Gilles, ethnobotaniste et mycologue.