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20 ans après… l'affaire Karine Schaaff
à Bitche (partie.2)


par Cédric Kempf
jeudi 29 juillet 2021 à 05:48

20 ans après… l'affaire Karine Schaaff<br />
à Bitche (partie.2)
Photo : Cédric KEMPF

Ce dimanche, une messe ainsi qu'une marche blanche (rendez-vous à 14h au parc du Stadtweiher) sont organisées à Bitche pour rendre hommage à Karine Schaaff, tuée il y a 20 ans par Stéphane Krauth.

Cette adolescente de 16 ans était partie à vélo le 22 juillet 2001 pour rejoindre une amie. Mais le destin en a voulu autrement puisqu'elle avait croisé le chemin de Stéphane Krauth, celui qui allait, après l'avoir renversée en voiture en zone industrielle de Bitche, la violer et la brûler. 

Son corps n'a été retrouvé que le 2 août, en forêt de Mouterhouse, soit 11 jours après sa disparition. 

Des souvenirs douloureux 

Si cette affaire remonte à deux décennies avec deux procès et un jugement qui a condamné l'assassin à 30 ans de prison dont 20 ans avec sûreté, Edith Schaaff, la mère de Karine, n'a jamais eu tous les éléments de réponse sur les circonstances de ce drame.

Son N°1 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

On n'a jamais eu les réponses sur la façon dont elle est décédée. L'heure de son décès et la façon exacte dont elle est décédée, c'est quelque chose qui est une inconnu. Cela n'a été que des suppositions par rapport aux experts. On nous a dit qu'il fallait estimer que c'était le 22, le jour de son enlèvement, mais est-ce que c'était dans l'après-midi ? Est-ce que c'était dans la soirée ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Disons que le fin mot de l'histoire, on ne le connaît pas.

Edith Schaaff a souhaité marquer les endroits où Karine a été renversée et retrouvée. Deux stèles ont été installées afin de ne pas oublier ce qu'il s'était passé. Sur place avec elle, son ressenti est toujours le même devant la stèle située en zone industrielle.

Son N°2 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

C'est trop vif, c'est trop affreux... Il n'y a même pas de mot assez fort pour exprimer... Il fallait marquer l'endroit, marquer l'emplacement. Je ne me serais pas vu ne pas marquer du tout l'emplacement, le laisser à l'abandon. A une époque, j'avais pratiquement envie d'acheter le terrain qui était derrière, et puis après, je me suis dit que ce n'était pas le mieux d'être tous les jours à côté. On ne sait pas s'il y a une partie d'elle ici, même si elle n'est pas morte là de tout de façon c'est certain, mais il y a quelque chose... Il fallait que ça soit bien marqué quand même.

Il est plus difficile pour la mère de Karine de se rendre en forêt de Mouterhouse. 

Son N°3 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

C'est différent ici. Mouterhouse, c'est l'endroit où elle a été retrouvée. La première fois que j'ai vu Mouterhouse, on voyait encore les traces du feu par-terre, c'était noir, l'arbre était noir. D'abord, il y avait le chemin qui était utilisé par les chasseurs pour aller nourrir les sangliers, après c'était un tout petit chemin sur 30-40 mètres, et ensuite il fallait même se mettre accroupi pour passer en-dessous du buisson, pour trouver l'endroit où Karine avait été brûlée. Aujourd'hui, c'est tout à fait différent, c'est ouvert, on peut y accéder, on a presque l'impression qu'on a mis la stèle dans le mauvais sens parce qu'on n'arrivait pas de la même façon. J'y vais très rarement, j'y vais deux fois par an.

Une boule de rage 

Si le temps passe, la colère ne s'atténue pas. L'injustice de ce drame et la réduction de peine de l'assassin au deuxième procès rongent encore Edith Schaaff. Sa phrase à la sortie du second procès ("Le jour où il sort, j'aurais l'âge où je pourrais le zigouiller") lui a d'ailleurs coûté l'autorisation de posséder des armes chez elle. Elle qui est devenue championne de France de tir de précision en 2020.

Son N°4 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

En 2006, j'étais un petit peu trop énergique après un procès donc on ne m'autorise pas à avoir des armes, je serais trop méchante malgré le fait que j'ai fait plusieurs fois des demandes pour avoir des armes pour le 25 ou le 50 mètres. Je peux tirer avec les armes du club mais je ne peux pas tirer avec des armes personnelles.

Vous regrettez cette phrase aujourd'hui ?

Ah non non, pas du tout ! On a vécu deux procès, deux procès d'une semaine. Aller dire que c'est forcément une méchante personne parce qu'elle va dire ce genre de phrase après un deuxième procès... Il faut vivre les procès pour savoir ce que c'est.

Les procès ont été une véritable épreuve pour la mère de famille. Elle a dû faire face à la présence de l'assassin de sa fille et aux détails de ce qu'a subi sa fille Karine.

Son N°5 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

Le premier procès, on voyait l'assassin, on avait l'impression qu'il n'était pas concerné, il mâchait son chewing-gum, il n'arrêtait pas. Au deuxième procès, il passait son temps à s'excuser auprès de tout le monde, on sentait très bien que c'était simplement parce que les avocats lui avaient dit que s'il voulait un raccourcissement de sa peine, il vaudrait mieux qu'il la joue comme ça. Au bout de ce deuxième procès, quand vous vous rendez compte qu'il gagne des mois, forcément vous vous révoltez ! Je crois que lorsque vous avez été tranquille pendant 8 jours sur cette chaise, à voir, à écouter, à entendre aussi bien les rapports de la gendarmerie, les rapports d'autopsie, c'est horrible... Les rapports d'autopsie de votre enfant, comment on a découpé votre enfant... A un moment donné, toute cette boule que vous accumulez depuis une semaine, il faut bien qu'elle sorte, faut bien qu'elle explose. 

Edith Schaaff essaye de chasser de son esprit l'assassin de sa fille. Mais l'idée que cet homme puisse sortir un jour de prison ne passe toujours pas.

Son N°6 - 20 ans après… l'affaire Karine Schaaff à Bitche (partie.2)

Sa vie ne m'intéresse pas, j'aimerais juste qu'il meurt plutôt qu'il sorte de prison... Voilà, je vais encore passer pour une méchante. Mais pour une raison très simple, parce qu'il ne serait plus de ce monde, on ne risquerait pas un jour de l'avoir devant le nez, on ne risquerait pas un jour de dire qu'il fera du mal à quelqu'un d'autre. Quand je l'ai vu réagir au deuxième procès, je suis sûre que le jour où il sortira, on entendra encore parler de lui.

La première partie de l'interview d'Edith Schaaff est à retrouver ici. Vous pouvez également retrouver l'interview vidéo ci-dessous.


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