Société

Professionnels de la petite enfance en grève : ''il manque plus de 90 postes pour que les structures tournent en Moselle''


par Margot Benabbas
jeudi 6 octobre 2022 à 08:41

Professionnels de la petite enfance en grève : ''il manque plus de 90 postes pour que les structures tournent en Moselle''

Depuis plusieurs mois, la colère monte du côté des crèches avec des salariés qui demandent notamment des effectifs et de meilleurs salaires. Un rassemblement est organisé aujourd'hui devant la préfecture de Moselle, à Metz.

Son N°1 - Professionnels de la petite enfance en grève : ''il manque plus de 90 postes pour que les structures tournent en Moselle''

Cyrille GODFROY, co-secrétaire général du SNPPE (Syndicat National des Professionnels de la Petite Enfance)

Pourquoi ce rassemblement aujourd’hui ? Pourquoi à la préfecture ?

C’est pas depuis plusieurs mois que la colère monte mais depuis des années. Le collectif « Pas de bébé à la consigne » qui mobilise le secteur de la petite enfance existe depuis plus de 13 ans et la colère grimpe encore plus depuis plusieurs mois parce que la réforme qui est en cours avec entre autres un arrêté qui vient de sortir cet été ne convient pas du tout aux professionnels puisqu’on brade leur diplôme qu’on brade leurs conditions de travail et que ce n’est pas possible…

On se réunit à la préfecture parce que le préfet est depuis cette réforme à la tête d’un comité départemental de service aux familles et que du coup on espère bien lui faire comprendre la réalité de terrain des professionnels tel que ça se passe dans les crèches.

En plus de demander de meilleures conditions de travail vous vous révoltez contre l’arrêté du gouvernement concernant l’embauche de personnels non diplômés. Quel est le problème ?

Le problème il se situe à deux niveaux, il se situe déjà sur une braderie des diplômes de tous ceux qui ont une formation de la petite enfance finalement n’en aurait pas besoin puisqu’aujourd’hui il suffit qu’il y ait une pénurie de professionnels pour qu’on puisse embaucher n’importe qui en crèche. Et puis le problème se situe aussi sur la qualité d’accueil des enfants puisque, dans un cadre de pénurie, embaucher du monde très rapidement sans qualification, on estime que c’est quand même assez dangereux par rapport à la qualité d’accueil. Et on n’aimerait vraiment pas qu’après des enfants subissent la conséquence de ce choix en urgence de recrutement.

Qu’est-ce qui coince aujourd’hui dans les métiers de la petite enfance ? Vous avez vu vos conditions de travail se dégrader au fil des années ?

Oui parce que les reformes qui se sont succédées depuis que le collectif existe engendrent une dérèglementation progressive de toutes les conditions de travail, de la qualité d’accueil. Et donc, quand le minimum qui est maintenant indiqué sur le code de la santé publique en termes d’encadrement des enfants dans les crèches devient plus ou moins au quotidien le maximum de ce qui peut être fait, on se rend bien compte qu’près on est obligé d’avoir des astuces pour pouvoir faire face à la pénurie de personnel et donc on est obligé de jongler en permanence avec un stress par rapport aux absences de personnel. Et puis, il faut quand même se rendre compte que le métier de la petite enfance c’est un métier physique. On porte des bébés tout au long de la journée, et on est aussi dans un secteur où l’ergonomie est pensée pour les enfants mais pas forcément pour les adultes et ça abîme aussi beaucoup les corps des professionnels.  

Est-ce que les salaires suivent ? 

Pas du tout ! Le syndicat national des professionnels de la petite enfance a fait un baromètre des salaires il y a 2 ans. On a fait le constat, avec tous les professionnels qui nous ont indique leur salaire annuel, qu’on était en moyenne 2000€ en-dessous du salaire moyen en France. On voit bien qu’on se retrouve aussi avec les problématiques de métiers « féminins » très très peu valorisés alors que c’est un métier essentiel puisque je rappelle que sans les crèches ouvertes pendant la crise sanitaire, les personnels prioritaires n’auraient pas pu faire leur mission.

Il y a bien un manque de personnel en Moselle ? 

D’après l’étude que la CAF a rendu au gouvernement cet été, si on prend les chiffres de la Moselle, il manque plus de 90 postes pour que les structures tournent entre les postes manquants et les postes qu’il faut créer pour appliquer la réforme. C’est énorme 90 postes ça veut dire l’équivalent de plusieurs centaines de places de crèches qui sont impactées par ce manque de personnel en Moselle.