Épisode du jeudi 9 avril 2026 à 11:05
Direction Waldhambach, on fait la rencontre de Madeleine, une jeune fromagère passionnée.
Madeleine, comment est-ce que tout a commencé ?
Je savais que je voulais faire quelque chose dans l'agricole et je me dis que il y avait quelque chose à faire avec le lait, c'est quand même une mine d'or.
On fait autant des savons que du fromage, que de la glace, vraiment tout plein de choses. Du coup, j'ai décidé de me lancer dans le fromage parce que j'ai visité plusieurs exploitations, j'ai fait du wolfing et j'ai appris à faire du fromage. Et de là, je me suis dit c'est bon, c'est fait pour moi.
Tu as fait une école, une école de quoi ?
J'ai fait l'École Nationale d'Industrie Laitière, ça s'appelle l'ENIL.
Tu es revenue dans ton village natal et là, t'es venue l'idée de faire ta fromagerie alors ?
C'est ça. En fait, il y a la grange de mes grands-parents. Ils vivent juste à côté et ici, il y avait les vaches. J'ai fait le suivi des travaux toute seule.
Tu as du courage pour t'être lancée comme ça, si jeune, toute seule. Tu ne t'est pas dit mince dans quoi je me suis embarquée ou c'était vraiment un objectif et tu as foncé ?
Alors oui, un objectif et en temps normal, je suis assez bornée. J'aime bien quand j'ai une idée en tête, la faire mûrir jusqu'au bout. Personne n'allait le faire pour moi, je savais que je ne voulais pas travailler pour quelqu'un, ça c'était hors de question. Et puis, j'ai perdu ma mère il y a 10 ans et en fait, je pense que c'est vraiment ça qui m'a forgée, qui m'a motivée. Déterminée, c'est vraiment le mot ! Si j'ai quelque chose en tête, il faut que ça aille jusqu'au bout.
Et concrètement, ça se passe comment ? Tu reçois alors le lait ?
Alors le lait, je le cherche moi-même directement à la ferme. J'ai acheté une remorque que j'ai complètement modifiée à ma guise. En fait, j'ai récupéré la boule à lait. C'est une cuve en inox de 400 litres. Du coup, je cherche le lait tous les matins. Je fais en sorte qu'il soit ici vers 6h15 le matin. Je vais commencer à démouler les fromages, ce que j'ai fait la veille, on va dire. Sinon, je vais m'occuper des caves, la cave à pâte molle, j'y vais trois fois par semaine.
Donc retourner, frotter les fromages, donc tous les fromages. Pour les tommes, j'y vais au minimum une fois par semaine. Et après, il y a tout ce qui est préparation pour le magasin et pour les commandes, que ce soit pour les particuliers ou pour les revendeurs ou pour les restaurateurs. Pour les revendeurs, il faut tout étiqueter, chacun son code bar ou ses prix et tout ça. Donc ça, ça prend beaucoup de temps. Et après, il y a les livraisons.
C'est un travail de fou. Je veux dire, tu es hyper motivée parce que tu fais tout de A à Z. Il y a juste la vache que tu ne trais pas.
Oui, c'est la seule chose que je ne fais pas.
Tu fais combien de fromages par jour à peu près ?
Ça dépend. Je fais une soixantaine de fromages, une soixantaine de mad'ster et soixantaine de marguerites. Après, pour ce qui est fromage frais, j'en fais une centaine par semaine. Et après, beaucoup de fromages blancs, ça dépend des commandes. Une semaine n'est pas comparable à l'autre. Il faut constamment s'adapter.
Et en plus des fromages, tu fais aussi des petits desserts lactés, des choses comme ça.
Oui, j'avais envie de développer cette gamme sucrée. Je voulais faire des fromages frais avec de la confiture parce que je trouve que le match sucré-salé, en fait, dans ma vie de tous les jours, je mange sucré à salé presque tout le temps.
Et là, j'avais envie de développer cette gamme parce que mamie fait des super confitures. Moi, j'ai plutôt développé les gelées, gelées de lilas, d'ortie, de rhubarbe, pissenlit, sureau.
En fait, t'as fait des produits qui te ressemblent.
Oui, oui.
Qu'est-ce que tu pourrais conseiller à quelqu'un qui s'intéresse à ce métier-là ?
Avant de dire je veux faire fromager, il faut d'abord s'informer parce que c'est quand même assez physique, en fait, de constamment manipuler les moules et tout ça. Il faut aimer faire du lavage.
Je passe 80% de ma journée à nettoyer. Il faut aimer le fromage aussi, et après, se lancer.
Pour toi, il y a de la concurrence ?
J'aime pas trop ce mot-là parce que chacun fait des choses différentes, en fait.
Donc, ton aventure est toute fraîche. On peut le dire, ça fait quelques mois, qu'est-ce que tu dis ? Il y a de la fierté, j'imagine, mais est-ce qu'à refaire, tu le referais ?
Je le referais dix fois. J'ai pas de mal à le dire, mais je suis fière de ce que j'ai fait, de ce que j'ai accompli. Je suis pas peu fière de dire que je travaille avec le Kasbur, qui est étoilé, avec le vieux moulin Graufthal et d'autres très bons restos.
C'est un beau parcours pour quelqu'un qui vient de débuter, pour une jeune femme comme toi. Je te trouve tellement ambitieuse. J'en reviens pas.
Mon copain, il me demande toujours d'où je puise toute cette énergie.
T'as pas eu des moments de doute, quand même ?
Si, il y en a toujours. C'est très important de constamment se remettre en question.
Je pense que c'est pas quelque chose de mal, au contraire, c'est une force de se dire qu'on a cette capacité à pouvoir changer, modifier les choses pour que ça aille mieux, en fait. Moi, j'ai hâte de revenir dans quelques mois parce qu'il y aura plein de nouveautés, plein de nouveaux fromages, avec toutes les idées que t'as en tête.
Ma dernière question, c'est dans 10 ans, tu te vois où ?
Ouais, ça paraît loin et en même temps, c'est demain, au final, parce que le temps, il passe très, très vite.
Être mariée, si jamais, Nicolas, tu entends ce message, c'est pas un problème. Et puis, professionnellement, avoir quelqu'un avec moi. Encore plus de restaurants, encore plus de fromages.
La Cloche à Madeleine
26, rue Principale à Waldhambach
06.95.16.53.29
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