Épisode du jeudi 21 mai 2026 à 11:05
Aider les autres, Elodie en a fait son métier. Une vocation née sur le terrain, chez les pompiers, et qu’elle poursuit aujourd’hui en tant qu’ambulancière, au plus près des patients et de leurs histoires.
Mais alors, d’où lui vient cette envie d’aider ? Écoutons-la.
C'est le fait de venir en aide, c'est le fait de pouvoir me dire que je me rends utile auprès des autres et avoir ce contact humain.
T'as rejoint les ambulances Jung à Rohrbach-les-Bitche, ça fait longtemps ?
Alors ça fait un peu plus d'un an maintenant que je travaille chez Jung, j'ai commencé l'année dernière en février.
Nous par exemple on est privés donc on fait de l'urgence mais on fait également des transports programmés, c'est-à-dire des hospitalisations, des rendez-vous chez les kinés.
Qu'est-ce qui change entre ambulanciers et VSL ?
En fait les VSL transportent des personnes valides, c'est-à-dire des personnes qui marchent et en fait les ambulances c'est souvent des personnes qui ont besoin d'être couchées, parce que leur état de santé ne permet pas d'être assis ou de marcher ou autre.
C'est quoi ton quotidien ?
J'ai pas ce côté routinier en fait, on voit des nouveaux patients tous les jours et on côtoie des gens souvent dans la difficulté. On est des fois les premiers voire les derniers professionnels qu'ils rencontrent, donc on a aussi ce lien qui se créer et c'est important aussi d'accompagner les patients et d'être bienveillant envers eux.
Mon quotidien c'est ça en fait, c'est accompagner les patients, être à l'écoute, les respecter et faire en sorte que leur rendez-vous se passe dans les meilleures conditions possibles et surtout le trajet.
Je pense que l'écoute, la parole a une grande place. C'est très, très important d'ailleurs parce qu'on transporte aussi beaucoup de personnes qui sont souvent seules, qui sont un peu déprimées parfois, donc c'est important d'être là, d'être à l'écoute, de les rassurer aussi.
C'est quoi l'amplitude horaire pour un ambulancier ?
Alors ça, ça va dépendre des sociétés.
Chez nous par exemple, on fait souvent des journées de 11-12 heures en moyenne sur plusieurs jours, ça dépend.
Est-ce que t'as déjà dû gérer de grosses difficultés, de gros stress ?
Alors des interventions marquantes, on en a vécu, certes, parce que nous on ne fait pas que du transport programmé, on fait aussi de l'urgence, mandatée par le 15. Donc effectivement, il y a des fois des interventions marquantes.
Je suis une fois partie sur une détresse respiratoire qui au final, quand je suis arrivée sur les lieux, ce n'était pas du tout le cas, la personne était en arrêt cardio-respiratoire. Donc la prise en charge n'est pas du tout la même.
T'aimes bien ce côté adrénaline, ce côté un petit peu imprévu ?
Oui, ça met un peu du peps, du piment en fait, et je me sens vraiment utile quand j'interviens comme ça.
Moi, je perdrais mes moyens dans une situation comme ça, mais toi, je pense que ça te stimule en fait.
C'est ça. Après, en fait, je ne peux pas dire que je ne stresse pas sur certaines interventions.
Je veux dire, il faut juste apprendre à gérer le stress et savoir l'évacuer aussi, c'est très important.
Ce n'est pas une pression quand même d'avoir la vie de quelqu'un entre les mains ?
Oui, si.
Moi, ça me ferait peur, moi.
Oui, effectivement, ça peut être stressant. Après, comme dit, l'important, c'est de prendre du recul, de se dire qu'on est formé pour le faire, qu'on a les capacités de le faire et que sinon, on ne serait pas là et on ne serait pas diplômé.
Oui, heureusement qu'il y a des gens qui aiment ça, parce qu'avec moi, ils seraient tous perdus, ça c'est sûr.
Pour toi, c'est quoi ta plus grande qualité ou la plus grande qualité qu'il faut pour faire ce métier-là ?
Des qualités, il y en a plusieurs, mais je dirais la qualité première, je pense que ça resterait quand même la rigueur. C'est un métier qui demande de la rigueur, il faut être attentif, il faut être constamment surveillé, faire attention.
Oui, parce que j'imagine que même sur des transports programmés, on ne sait jamais ce qui peut arriver.
Bien sûr, le transport des patients, des fois, qui ont des cancers, par exemple, à des stades avancés, etc., des maladies un peu méconnues et ça peut vite se dégrader dans un trajet. C'est pour ça, c'est important de surveiller, faire attention et vraiment d'être bienveillant envers la personne.
Est-ce que c'est un métier qui recrute encore ?
Je pense que c'est un métier qui recrute beaucoup, autant en tant qu'auxiliaire ambulancier qu'en tant qu'ambulancier.
C'est vrai que c'est un métier qui a un peu du mal à recruter parce que les gens sont peu informés sur le métier-là, ce qui est bien dommage parce qu'il a des très bons côtés. Je ne vais pas vous mentir, c'est un métier difficile. On porte parfois des gens qui sont un peu corpulents, dans des endroits parfois difficiles d'accès, on n'est que deux, avec des horaires un peu contraignants, ce qui peut empêcher les gens de se lancer dedans.
Moi, j'ai vu l'autre côté du métier, c'est-à-dire tout ce qui l'apporte de beau et de bon. Et c'est pour ça que moi, je me suis lancée là-dedans et je suis sûre qu'il y a plein d'autres personnes qui n'osent pas franchir le pas.
J'entends que la bienveillance, c'est vraiment ce qui te caractérise.
Est-ce qu'avec les patients, des fois, tu as un lien qui se crée ? Est-ce qu'il y a des patients pour qui tu as des coups de cœur ?
On essaie quand même de garder une juste distance parce que si on doit s'attacher à tous les patients, forcément, le jour où ils ne sont plus là, c'est un peu délicat. Mais effectivement, on a tous nos petits chouchous, surtout les patients qu'on fait de façon régulière.
Les côtés positifs de ton métier ?
On rencontre des gens qui sont souvent dans la souffrance, on ne va pas se mentir.
En général, quand on va chez quelqu'un, c'est qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Et en fait, à côté de ça, quand on rentre le soir à la maison, on se dit en fait, moi, j'ai de la chance. Moi, j'ai de la chance parce que je ne suis pas malade.J'ai un toit sur la tête, j'ai à manger.
Donc, ça fait relativiser. Exactement.
Et en fait, moi, depuis que je fais ce métier-là et depuis que je suis pompier aussi, en fait, je vois la vie autrement et je savoure la vie. Alors qu'avant, pas forcément. Et maintenant, je la vis pleinement parce que je me dis, elle peut s'arrêter à tout moment, en fait.
Tu te verrais où dans dix ans ? Toujours à faire ce métier-là ou peut-être à évoluer ?
C'est une question pertinente parce que moi, j'ai tendance à vivre un peu au jour le jour. À l'instant T, je ne sais pas ce que je ferais d'autre. Difficile de se prononcer sur la question...
Mais en tout cas, toi, je te sens prête à aider les gens, à aider ton prochain.
C'est un peu ce qui me caractérise et je pense que c'est bien résumé. Si je peux faire naître des vocations, j'en serais très ravie et j'espère que ceux qui n'osent pas se lancer se lanceront. Et au final, si ça ne leur plaît pas, je peux leur dire qu'une chose, c'est qu'on peut toujours changer.
Mais si on n'essaye pas, on ne peut pas savoir.

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