Épisode du jeudi 17 septembre 2026 à 11:05
Philippe et Jean-Pascal nous font découvrir leur métier.
Philippe, toi tu es itinérant, c'est un petit peu l'ancêtre de l'éclusier, c'est ça ?
L'éclusier, effectivement ça n'existe plus, ça a été remplacé par le métier d'itinérant. En fin de compte, l'éclusier avant, il habitait plus ou moins sur l’ouvrage et il faisait sa vie là et son travail là. Maintenant, on intervient sur un secteur d'ici à peu près d'une trentaine de kilomètres avec plusieurs écluses à dépanner, à entretenir d'ailleurs.
Du coup, tes journées, ça se passe comment ?
Je prends mon poste à Sarreguemines et je vais jusqu'à l'écluse 17 de Harskirchen. Donc le matin, j'ai un véhicule de service et je fais une tournée pour enlever les embâcles, tous les déchets qui s'accumulent derrière les portes d'écluse et qui peuvent éventuellement être cause de panne.
Et donc, on fait ça jusqu'à l'écluse 17. Après, dans la journée, en relation avec le PCiste, à savoir Jean-Pascal, on intervient le cas échéant pour des pannes de premier niveau.
Tout ce qui était levage d'écluse à la main, ça ne se fait plus du tout, tout est automatisé.
Tout à fait. Les bateaux sont entièrement autonomes, ils ont une télécommande et ils gèrent leurs bassinets de A à Z.
Tu me disais, ça fait plus d'une vingtaine d'années que tu fais ce métier.
Moi, je suis rentré à VNF le 1er juillet 2002.
Et à l'époque, du coup, il y avait encore des éclusiers. Tu étais éclusier ou pas du tout ?
Moi, j'étais éclusier au début de ma carrière sur un poste fixe à l'écluse 41 à Mulhouse. Et ensuite, j'ai muté à Mittersheim.
Mais à Mittersheim, le secteur n'était pas encore automatisé. Donc, on prenait les bateaux en charge à l'écluse 13 ou à l'écluse 2. On faisait des regroupements de bassinets aussi, c'est-à-dire qu'on mettait les bateaux ensemble. Et donc, on partait avec ce train, on faisait toute la vallée, on faisait toutes les écluses en manuel.
On avait du contact avec des gens du monde entier, en fin de compte. Là, on était directement en contact avec les plaisanciers. Et en même temps, il fallait avoir un certain rythme.
Il fallait avoir une petite condition physique, quoi. Clairement. C'était sportif, clairement.
Je sens une pointe de nostalgie quand même.
Il y en a une petite, effectivement. Après, voilà, tous les métiers évoluent. Il faut évoluer avec.
Et donc, ça a évolué et apparu aussi le métier de PCiste. Alors, ça consiste en quoi, Jean-Pascal ?
Donc, c'est vraiment un poste qui est plutôt typé informatique. On est vraiment au bureau toute la journée et c'est un poste vraiment de surveillance, écran, gestion hydraulique. Comme disait Philippe, on est le premier œil, nous, sur tout ce qui est panne. Quand j'ai une panne que je ne peux pas régler moi à distance, du coup, j'envoie les collègues.
De ton poste de travail, tu vois toutes les écluses ?
C'est ça. Sur mes écrans, j'ai mes 70 km de canal, mes 30 écluses. Tous les niveaux d'eau, on a vraiment l'œil sur tout.
Et tu travailles d'où, alors ?
Moi, je suis sur le secteur de Mittersheim, au niveau de l'écluse 13.
J'imagine qu'il faut être vigilant, concentré.
Oui, il y a quand même 30 écluses à surveiller. On a un certain trafic qui s'intensifie avec les mois d'été. Surtout les niveaux d'eau qui sont vraiment la sécurité à garder.
Le cœur de votre métier, c'est l'eau. Est-ce qu'aujourd'hui, l'eau devient une ressource plus difficile à gérer ?
C'est surtout le changement climatique qui change beaucoup de choses. Les premières années où on avait travaillé, on arrivait toujours à remplir nos étangs pendant la saison. Là, actuellement, on n'a plus une goutte. On a de plus en plus de mal à les remplir. Souvent, on commence la saison avec un déficit d'eau. Ça, il faut qu'on en tienne compte, notamment lui, dans sa gestion hydraulique.
Et donc, ça pose un vrai problème ?
Ça complexifie énormément le travail du PCiste, parce qu'il faut que l'on fasse vraiment attention.
Et durant le reportage, coup de chance, un bateau arrive justement dans l'écluse. Donc là, la sirène, ça veut dire que les portes se ferment ?
C'est ça.
Dans notre jargon, il a actionné la tirette de bassine et on lit. Et maintenant, les vannes vont se fermer. Une fois que les vannes sont fermées à l’amont, elles vont s'ouvrir à l'aval.
Et le bassin va se vider. Et quand on aura l'égalité de niveau avec l'aval, les portes s'ouvrent et le bateau peut sortir. Du coup, c'est la télécommande qui remplace l'éclusier quasiment.
Tout est automatique ?
Nous, on a fait tout ça à la main. Nous, à l'époque, à Mittersheim, on a eu souvent des surprises. Moi, j'avais toujours un couteau à la ceinture parce qu'il m'arrivait parfois de devoir couper les cordes.
Ah oui ? Ah oui, parce que nous, on allait plus ou moins vite et les gens ne maîtrisaient pas forcément la corde. Et il y en a qui se retrouvaient pendus dans l'écluse. Ça arrive encore maintenant parce que les gens restent en vacances.
Ils regardent le paysage, ils regardent autre chose. Et s'ils ne font pas attention à leurs cordes, ils ont vite fait de faire un nœud. Et ils se retrouvent pendus.
Heureusement, il y a des cas qui deviennent de plus en plus rares. Et c'est justement le rôle de Philippe qui, lui, vient sur le terrain, reprend la main sur l'écluse, peut remonter le niveau, débloquer les gens et les secourir gentiment.
C'est quoi le plus gros problème que tu as rencontré au cours de ta carrière ?
Des pannes d'écluse où la vanne reste ouverte. Et du coup, le canal d'un côté se vide et de l'autre côté, il se remplit. Donc là, ce qui demande une certaine vigilance et surtout une réactivité des gens de terrain pour que ça puisse se régler au plus rapidement.
Comment on devient un PCiste ?
Au cours de la fonction publique, il faut être quand même à l'aise un petit peu avec le milieu informatique.
Votre métier à vous, ce n'est pas un métier qui tend à disparaître non plus parce que des bateaux, il y en aura toujours.
Oui, c'est un métier qui a changé. A l'origine, ces canaux étaient faits pour le commerce, pour transporter des marchandises. Voilà, tout à fait. Ce transport de marchandises ayant un petit peu décliné, on a permis aux plaisanciers d'accéder au canal. Et puis maintenant, c'est nos clients. Vraiment, ils ont remplacé les bateaux de commerce. Du moins ici, chez nous, parce qu'il y a encore des canaux en France qui sont quand même navigués par des péniches de commerce.
Vous avez peut-être encore quelque chose à rajouter, vous ?
Que les gens n'hésitent pas à louer des bateaux. On est là pour et ça offrira un peu plus de plaisance sur nos canaux et ça redonnera un peu plus de vie. Et s'il vous reste un peu de temps, descendez voir JP à Mittersheim et voir Philippe à Sarreguemines.




